COP25 : un bilan décevant !

« La communauté internationale a manqué une opportunité importante de montrer son ambition pour répondre à la crise climatique » a déclaré Antonio Guterres, Secrétaire Générale de l’ONU au sujet de la COP25. En effet, cette rencontre internationale qui s’est déroulée du 2 au 15 décembre à Madrid, sous la présidence du gouvernement chilien, n’a pas fait honneur à son slogan « Time for action », car elle s’est soldée avec un bilan très décevant.


Qu’est-ce que la COP ? Quelles étaient les attentes de la COP25 ? Qu’est-ce qui explique son échec ? Quelles sont les perspectives pour la COP26 ?


Qu’est-ce que la COP ?


En 1992, à l’occasion du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, l’ONU s’est dotée d’un cadre d’action de lutte contre le réchauffement climatique : la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CNUCC). Cette convention réunit 195 pays qui sont qualifiés de « Parties ». Leurs représentants se rassemblent une fois par an depuis 1995 lors des « Conferences of the Parties » (COP) ou Conférences des Parties ( CdP) en français. Les COP réunissent les représentants des Parties mais aussi des acteurs non-étatiques : collectivités territoriales, ONG, scientifiques, etc.


C’est au cours de ces COP que les États signataires peuvent entériner des accords sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, avec des objectifs communs ou différenciés. A ces occasions ils évaluent également, l’évolution de leurs engagements et de l’application de la convention-cadre. En amont de ces sommets, des sessions de négociation sont réalisées.


Voici quelques dates importantes dans l’historique des COP :

1995 : première COP à Berlin

1997 : signature du Protocole de Kyoto lors de la troisième COP, 37 pays développés se sont engagés à réduire leurs émissions de 5% en moyenne sur la période 2008 / 2012 par rapport aux niveaux de 1990.

2012 : l’Amendement de Doha (COP18) prolonge le Protocole de Kyoto. Il porte sur la période 2013/2020 et prévoit pour les pays engagés une réduction moyenne de 18% de leurs émissions par rapport à 1990.

2015 : un accord engageant 195 États à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre a été conclu à Paris lors de la COP21.


Les attentes de la COP25


Un des objectifs de la COP25 était d’obtenir des signataires de l’accord de Paris (2015), qu’ils revoient à la hausse leurs objectifs de réduction de gaz à effet de serre. Un autre point de négociation majeur était l’augmentation de l’aide apportée aux pays les plus vulnérables, pour améliorer leur résilience aux effets du changement climatique. De plus, les négociations devaient également porter sur les systèmes d'échange de droits à polluer entre les Etats. Par ailleurs, cette 25e conférence de l'ONU sur le climat mettait également l’accent sur le rôle joué par les océans dans la lutte contre le changement climatique, elle a donc été nommée « COP bleue».


Il était attendu qu’un plan d’actions concrètes soit établi suite à cette COP mais ce ne fut malheureusement pas le cas.


Un bilan décevant


Aucun des pays du G20, qui sont les principaux responsables du réchauffement climatique, puisqu’ils représentent 80 % des émissions mondiale, ne s’est engagé à adopter un objectif de réduction d’émission plus ambitieux. Seuls les 80 pays responsables de 10,6% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, se sont engagés à présenter, avant la fin de l’année 2020, des plans climatiques plus ambitieux.


Par ailleurs, la déception est grande du côté des pays vulnérables au changement climatique, notamment les Etats insulaires, car ils n'ont pas obtenu les compensations financières qu'ils attendaient pour pouvoir s'adapter aux conséquences du changement climatique.


Il reste pourtant quelques motifs d’espoir. L’initiative de la nouvelle Commission européenne d’un green deal visant à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, afin de permettre une transition écologique radicale du Vieux Continent, en est un. Tout comme les rares avancées palpables sur des aspects que l’on attendait moins : l’introduction de la question du genre dans les négociations climatiques, la reconnaissance du rôle de la science dans le diagnostic mais aussi dans les solutions et la mise en place d’un dialogue sur les océans.


Les facteurs de blocages


A l’origine de l’échec de cette COP25, nous pouvons pointer du doigt le blocage de tout processus en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique par des pays comme les Etats-Unis, le Brésil, l’Inde, la Chine, l’Australie ou encore l’Arabie Saoudite.


Certains pays développés, à l’instar des États-Unis, ont refusé de débloquer de nouveaux financements pour les États subissant de plein fouet les impacts du changement climatique.


Par ailleurs, la Chine, l’Inde et le Brésil ont fait blocage pour que les pays développés honorent leurs engagements pré-2020, dans le cadre du Protocole de Kyoto. Ils ont imposé un nouveau mécanisme pour évaluer les efforts des pays développés en matière de réduction d’émissions et d’aide financière apportée aux pays en développement. Cette initiative conditionne donc la participation des pays du Sud au respect des engagements par le Nord. Cette action révèle une opposition entre pays du Nord et du Sud dans un contexte où tous les pays doivent pourtant s’unir.


En ce qui concerne plus particulièrement les marchés carbones, les pays pollueurs ont traîné des pieds. L'Australie, notamment, a refusé d'abandonner ses crédits hérités des mécanismes de Kyoto. Le Brésil, de son côté, voulait permettre la double-compatibilité de l’effort climatique.


L’échec de la COP25 s’explique aussi par la défaillance de la présidence chilienne. En effet, elle n'avait pas un poids politique suffisant pour contrer les blocages. De plus, ses méthodes de travail ont été critiquées car elle avait écarté l'alliance des petits États insulaires des discussions en fin de COP.


Pour finir, nous pouvons également souligner le manque de leadership et d’action de la France qui s’est pourtant présentée comme garante de l’Accord de Paris et comme un leader de la lutte contre le changement climatique.


Perspectives 2020


L’articulation des marchés carbone avec les objectifs de réduction des émissions et la question des pertes et préjudices, ont été reportés à la COP26, organisée l’année prochaine à Glasgow, au Royaume-Uni.


Espérons donc que cette COP activera les leviers d’actions et marquera une nouvelle ère dans laquelle les COP ne seront plus une succession de rencontres sans impacts réels.

L.Rasidimanana


Pour aller plus loin :


  • AYKUT Stefan C, DAHAN Amy, Gouverner le climat ? Vingt ans de négociations internationales, Presses de Sciences Po, 2015, 752 pages.

  • GEMENNE François,Géopolitique du climat – Négociations, stratégies, impact; Armand Colin, 2e édition, 2015, 272 pages

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