Coronavirus : Panique mondiale !

Mis à jour : mars 1

Notez que l'article a été rédigé le 26 janvier et ne prend pas en compte les dernières évolutions. Vous pourrez les retrouver dès le 03 février sur nos veilles de l'actualité internationale.


L’épidémie de coronavirus qui sévit depuis plusieurs mois en Chine vient d’entrer dans une nouvelle phase : la panique. Cette nouvelle souche, 2019-nCoV, semble provenir d’un marché aux poissons dans la ville de Wuhan. Cependant, à l’heure actuelle, les autorités sanitaires ignorent exactement d’où elle vient, même si beaucoup s’orientent vers les chauves-souris, qui avaient déjà été le vecteur du SARS en 2002-2003. Les autorités locales chinoises ont pris l’initiative, au bout de quelques semaines, d’isoler l’épicentre de l’épidémie, empêchant plus de 50 millions de personnes de sortir de leur ville ; certaines villes comme Hong-Kong tentent de se protéger en interdisant les entrées aux personnes venant de Chine ; et dans le monde les aéroports sont sous alerte et vérifient la température des passagers en provenance de Chine et plus particulièrement de Wuhan (avant sa mise en quarantaine complète).


Les chiffres sur l’évolution de l’épidémie changent toutes les heures. Ainsi, au moment de la rédaction de cet article :

  • On compte 56 décès et plus de 2 000 contaminations en Chine.

  • Les contaminations à l’extérieur de la Chine se multiplient : Etats-Unis, Japon, Corée du Sud, Macao, Hong-Kong, Taiwan, Vietnam, Thaïlande, Singapour, Australie, Arabie Saoudite, France, Russie etc.

Source : Le monde en cartes

Au vu de l’augmentation des cas en dehors de la Chine et du fait que l’épidémie a été prise en charge assez tardivement par rapport à son déclenchement, cette crise sanitaire chinoise pourrait devenir mondiale. Ainsi, à travers cette épidémie de coronavirus, nous allons analyser la manière dont la communauté internationale gère les crises sanitaires.


Crise du coronavirus : une gestion lente malgré des précédents


Lorsque nous parlons de crise, d’un point de vue juridique, il s’agit d’une « situation troublée qui, en raison de sa gravité, justifie des mesures d’exception ». La sociologie va la définir comme « une phase difficile traversée par un groupe social ». Au niveau médical, la notion de crise renvoie au moment de la décision : vie ou mort. Elle désigne aussi les situations de désordre dans les sociétés en raison de la présence d’un danger pour la santé. (Réflexions sur la notion de crise sanitaire, Sylvie Laporte)


L’idée de sécurité sanitaire (latin sanitas : santé) est indéniablement liée à la question de l’hygiène. Dans le cas de ce nouveau coronavirus, la liaison avec l’hygiène des marchés en Chine est tout à fait évidente, même si nous ne savons pas encore quel animal est à l’origine de ce virus. On y trouve toute sorte d’animaux vivants ou morts, exposés à l’extérieur sans précautions hygiéniques.

Source : images prises par l’équipe Regards Contemporains dans un marché à Pékin.


Pour ce qui est de Wuhan, le marché aux poissons où l’épidémie se serait déclenchée, on y vend, entre autres, des serpents et des chauves-souris, dont les dernières sont consommées dans la région. En 2002-2003, une autre souche de coronavirus (SARS-CoV) portée par les chauves-souris s'était déclenchée en Chine, faisant près de 800 morts dans le monde (surtout en Chine et à Hong-Kong) et 10 000 contaminations touchant une trentaine de pays. Lorsque le premier cas de SARS a été détecté en Chine, le gouvernement a tenté d’étouffer l’information et a officiellement annoncé la nouvelle maladie uniquement trois mois après, retardant de ce fait la mise en place des mesures de sécurité pour endiguer la maladie. En ce qui concerne cette nouvelle épidémie, elle a rapidement été déclarée, mais les mesures de sécurité n’ont été mises en place que récemment, puisque la ville de Wuhan a été isolée uniquement cette semaine. Avec le nouvel an chinois, les aéroports dans le monde, notamment aux Etats-Unis et en Asie avaient mis en place des dispositifs pour vérifier la température des passagers en provenance de Wuhan. D’ailleurs, tous les cas déclarés à l’étranger, sauf un en France, sont pour l’heure des individus en provenance de Wuhan. Le cas français évoqué à l’instant est la première contamination d’une personne n’ayant pas voyagé en Chine.


Aujourd’hui, nous sommes au milieu de cette crise et de plus en plus de villes et villages commencent à restreindre l’accès aux personnes extérieures. Par exemple, Pékin et Tianjin ont récemment interdit l’entrée aux bus, les voyages organisés en groupe sont dorénavant interdits et de plus en plus de villes et villages semblent mettre en place des points de contrôles aux entrées, afin de limiter l’arrivée de personnes venant de l’extérieur, notamment celles en provenance de Wuhan (les photos ci-dessous illustrent ces contrôles dans la région du Hubei).

Source : Anonymes actuellement présents en Chine. Traduction de l’affiche rose : Point de contrôle du village, contrôle des personnes de Wuhan.


Ainsi, au fil des jours, les contaminations et victimes se multiplient, les restrictions en matière de déplacement concernent de plus en plus de villes éloignées de l’épicentre de l’épidémie et l’étape suivante pourrait être une isolation de la Chine avec une interdiction de partir ou rentrer sur le territoire.


Le rôle de l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS/WHO)


Le 22 janvier 2020, s’est tenu une réunion à Genève afin de déterminer si la crise du coronavirus nécessite de déclencher l’Urgence de Santé Publique à Portée Internationale (USPPI). Les membres du Comité d’Urgence ont été divisés sur la question. Ainsi, l’USPPI n’a pas été déclarée, cependant ils ont confirmé qu’il s’agissait bien d’une urgence sanitaire très élevée pour la Chine et qu’une nouvelle réunion devrait avoir lieu dans les prochains jours afin de réexaminer la situation. Pour le moment, l’OMS ne recommande pas de restrictions internationales au niveau du commerce et des voyages, seulement des dépistages dans les aéroports de tous les pays.

Néanmoins, suite à cette réunion, des consignes ont été transmises à l’OMS afin de déterminer la source du virus et les différentes manières dont il peut se transmettre entre les humains. Par ailleurs, un soutien dans le dépistage et les mesures de confinement dans toute la Chine est mis en place par l’OMS. La Chine a, de son côté, été appelée à communiquer et collaborer avec l’OMS sur les mesures de sécurité prises dans tout le pays, à fournir régulièrement des données sur les cas, faire plus de dépistages dans tout le pays, notamment pour les départs dans les aéroports et ports internationaux, ainsi que d’investiguer sur la source du virus. Les autres pays, pouvant recevoir des personnes infectées, doivent se préparer à agir immédiatement lorsqu’un cas se déclenche. Par ailleurs, des consignes d’hygiène sont diffusées pour la population afin de réduire le risque d’infection : « Se laver les mains avec de l’eau et du savon, ou du désinfectant. Se couvrir le nez et la bouche lorsqu’on tousse ou éternue, avec un mouchoir ou le coude. Éviter d’avoir des contacts avec une personnes présentant des symptômes de rhume ou de grippe. Bien cuire la viande et les œufs. Eviter les contacts non-protégés avec des animaux sauvages ou de la ferme ».

La séquence génétique du virus a pu être isolée par les scientifiques chinois et a été transmise à l’OMS. Plusieurs scientifiques sont actuellement à la recherche d’un vaccin, notamment en Chine ou en Australie, qui se sont fixés un objectif de six mois à la place de trois ans. La Coalition pour des Innovations en matière de Préparation aux Épidémies (CEPI) a déclaré lors de la Conférence de Davos, qu’un vaccin serait prêt à être testé d’ici cet été.


Les médias : diffusion d’information et de peur


Comme nous sommes en plein milieu de la crise, il est important d’aborder la question des médias. En effet, nous vivons dans une période où les échanges dans le monde sont intenses (marchandises, individus, informations), ce qui facilite grandement la diffusion des maladies (SARS, Zika, Chikungunya etc.). Dans ce contexte, les médias ont un rôle important à jouer, en matière de veille et de diffusion des consignes sanitaires.


Cependant, les médias ont tendance à véhiculer la panique, notamment à travers des chaînes diffusant en continu les informations, qui ne sont pas toujours vérifiées, sur l’évolution de l’épidémie. La manière de présenter certains événements est souvent critiquée, car au-delà de transmettre l’information pure, elle génère de la panique. C’est quelque chose que nous avons pu voir lors de situations d’attentats ou récemment avec l’escalade des tensions entre les Etats-Unis et l’Iran, et qui aujourd’hui se constate avec la crise du coronavirus.


Le fait de ne pas avoir d’informations sur l’origine du virus et d’ignorer toutes les formes de transmission, sont source d’inquiétudes. Cependant, malgré l’urgence sanitaire que représente le coronavirus, il est nécessaire de relativiser car tous les ans, entre 290 000 et 650 000 personnes meurent de la grippe, et près de 5 millions d’individus contractent des symptômes graves.


A. Pellegrino

Récapitulatif de ce que l’OMS sait (26.01.2020) :

  • Le virus peut entraîner des symptômes graves (1/4 des patients), même si pour la plupart ils sont bénins (troubles et difficultés respiratoires, fièvre, toux, essoufflements).

  • La majorité des personnes décédées avaient d’autres pathologies affaiblissant leur système immunitaire (hypertension, diabète, maladies cardiovasculaires).

  • Il y a une transmission interhumaine qui semble pour l’instant limitée aux membres de la famille et aux professionnels du secteur de la santé.





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