Crise en Libye : quelles évolutions ?

Mis à jour : janv. 19

A prendre en compte : l'article a été rédigé avant les événements survenus durant la semaine du 13 janvier 2020.


Ces derniers jours, la crise libyenne a connu de nouveaux rebondissements avec la prise de Syrte par le maréchal Haftar, la volonté de la Turquie de s’impliquer militairement sur le terrain et la rencontre turco-russe sur la question libyenne. Dans cet article, nous allons donc revenir sur ces différents points.


La Libye, théâtre de violences et de jeux d’influence


Depuis le renversement de Mouammar Kadhafi, la Libye ne connaît pas de répit. En effet, elle est sujette à des luttes de pouvoir depuis 2011. Le maréchal Khalifa Haftar, qui contrôle aujourd’hui la majeure partie du territoire, après avoir battu de nombreuses milices armées qui menaçaient la sécurité du pays, s’est lancé en avril 2019 dans une offensive visant à libérer Tripoli, la capitale, de la présence des milices. Une initiative qui s’est heurtée à la résistance du Gouvernement d’Union National (GNA), gouvernement reconnu par la communauté internationale et dirigé par le Premier Ministre Fayez el-Sarraj depuis 2016. Bien que le GNA continue toujours à persévérer, les forces d’Haftar ne cessent de progresser, en s’emparant notamment, cette semaine, de Syrte, une ville stratégique entre l’est et l’ouest de la Libye.


Sources : Les Echos


La Libye est non seulement un théâtre de violences internes mais aussi le terrain d'une lutte d'influence entre deux camps : d'un côté, la Turquie et le Qatar, qui appuient le GNA de Fayez al-Sarraj, et de l'autre l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l'Égypte, qui soutiennent les forces du maréchal Haftar. Le maréchal aurait également le soutien des Etats-Unis et de la Russie.


Parmi ces différents acteurs, la Turquie a manifesté récemment sa volonté de prendre part au conflit directement sur le terrain.


Une intervention turque intéressée et contestée


Depuis novembre 2019, le gouvernement de Fayez El-Sarraj basé à Tripoli, subit de multiples offensives des forces du Maréchal Haftar. La Turquie, en soutien et à la demande du gouvernement de Tripoli, a annoncé le 2 janvier, son intention d’envoyer des troupes sur le territoire libyen. Cette annonce est cependant contestée par de nombreux acteurs de la scène internationale dont les Etats-Unis, la Russie, l’ONU ou encore l’Union Européenne. En réponse à ces contestations, Erdogan affirme, qu’en envoyant ses troupes, l'objectif de la Turquie n'est pas de combattre mais de soutenir le gouvernement légitime et d'éviter une tragédie humanitaire.


Si l’intervention turque est justifiée par ces motifs, elle est surtout motivée par des questions d’intérêts. En effet, Ankara en s’impliquant dans la crise libyenne, cherche à préserver les ressources d’hydrocarbures dont elle est fortement dépendante. D’autant plus qu’Ankara a récemment conclu un accord maritime avec le gouvernement de Fayez al-Sarraj. Un accord en vertu duquel la Turquie peut faire valoir ses droits sur de vastes zones maritimes en Méditerranée orientale, une région de la Méditerranée qui contient d’énormes gisements de gaz naturel estimés à plus de cent mille milliards de mètres cube. C’est en réaction aux manœuvres entre l’Égypte, Israël, la Grèce et Chypre sur ce qu’on appelle « le forum du gaz au Moyen-Orient » que la Turquie a décidé d’établir cet accord qui, sans surprise, a suscité beaucoup de réactions négatives de la part des quatre pays que nous venons de mentionner.


Le duo turco-russe, « faiseurs de paix » en Libye ?


Lors de leur rencontre, cette semaine, la Russie et la Turquie ont conclu à un appel à cessez-le-feu entre le Gouvernement d’union nationale de Fayez el-Sarraj et les troupes de Khalifa Haftar. Les deux pays se présentent dans leur déclaration comme des intermédiaires et annoncent avoir pris cette décision dans le but de faire cesser les hostilités. Ankara et Moscou semblent donc espérer négocier les termes d’un règlement du conflit et s’imposer comme « faiseurs de paix» en Libye.


Malgré cet appel au cessez-le-feu, le maréchal Haftar et ses troupes ont annoncé le 9 janvier la poursuite de leurs opérations. Haftar estime que la stabilité en Libye ne pouvaient être réalisées avant l'éradication des groupes terroristes, la dissolution et le désarmement des milices qui contrôlent, selon lui, la capitale libyenne.


L. Rasidimanana



Pour aller plus loin :


- BRAVIN Helene, ALMARACHE Kamel, Libye, des révolutionnaires aux rebelles, Erick Bonnier, 2018, 341 pages


- Libye : les dessous de l’internationalisation du conflit - Analyse par Slimane Zeghidour, France 24, 30 décembre 2019


- Libye, un enjeu régional pour Erdogan, RFI, 6 janvier 2020


- Vincent Hugueux - Comment sauver la Libye ? Les Experts du Dessous des cartes I ARTE, 2 octobre 2019

© 2019 par Regards Contemporains.