Hong Kong : Une bataille perdue d’avance ?

Avant la crise sanitaire, Hong Kong était rythmé par des manifestations de grande ampleur. En juin 2019, les hongkongais dénonçaient un projet de loi permettant l’extradition vers la Chine continentale. Pour eux, cette loi représente la main de Pékin sur leur territoire, la diminution de leurs libertés et un bafouement de la démocratie. Durant la gestion de l’épidémie, les manifestations se sont arrêtées, mais les inquiétudes et mécontentements ont persisté, surtout après l’arrestation de 15 militants et le changement de gouvernement opéré en avril. Fin mai, les manifestations ont repris à la suite de l’adoption d’une loi à Pékin lors de la session annuelle du Congrès National Populaire (NPC). Face à une recrudescence du conflit, nous avons décidé de revenir sur les enjeux historiques et politiques entourant cette île.


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Hong Kong est situé en mer de Chine méridionale et se compose de trois parties : l’île de Hong Kong, Kowloon et les Nouveaux Territoires (sur le continent). Ces derniers ont une frontière de 30km avec la Chine. Aujourd’hui, elle est une région administrative spéciale (R.A.S.) de la République Populaire de Chine et s’ancre dans le concept « d’un pays, deux systèmes ». L’histoire de Hong Kong est assez intéressante, puisque l’île a connu 155 années d’occupation et son retour en Chine est très récent.


La première guerre de l’opium et l’occupation britannique


Signature du traité de Nankin, 29 août 1842


De 1842 à 1997, Hong Kong appartenait à la Grande-Bretagne. En effet, l’île lui a été cédée après la première guerre de l’Opium (1839-1842). Ce conflit opposait la Chine sous la dynastie des Qing et le Royaume-Uni. L’objectif était, entre autres, de forcer la Chine à ouvrir son territoire au commerce de l’opium. L’armée britannique a réussi à écraser les forces chinoises, grâce à sa supériorité technologique et malgré un effectif plus réduit. En 1842, ceux-ci arrivent à Nankin où un traité est signé, cédant définitivement l’île de Hong Kong, puis plus tard les autres territoires avec un bail d’une durée limitée, allant jusqu’à 1997.


Durant toute cette période, Hong Kong va devenir un des pivots du commerce britannique. Avec l’arrivée au pouvoir de Mao Zedong (1949), l’île va aussi jouer un nouveau rôle de symbole capitaliste face à la Chine communiste. Le développement du commerce, de l’industrie et la finance vont faire la richesse de l’île. Deng Xiaoping, successeur de Mao de 1978 à 1992, va entreprendre une ouverture économique de la Chine et utiliser Hong Kong pour faire entrer des investissements étrangers dans le pays. Avec l’approche de l’expiration du bail britannique sur les Nouveaux Territoires, la Grande-Bretagne et la Chine entreprennent des négociations. Ainsi, en 1984, la Déclaration commune sino-britannique établit le principe « d’un pays, deux systèmes » et fait de l’île une R.A.S. après sa rétrocession à la Chine, prévue en 1997.


« Un pays, deux systèmes » : principe fondamental pour Hong Kong


Deng Xiaoping explique le principe de cette manière : « Au sein de la République Populaire de Chine, […] les chinois habitant la partie continentale vivent sous un régime socialiste, tandis que Hong Kong et Taïwan sont régis par un système capitaliste » (Les cents mots de la Chine – Chieng André, Betbèze Jean-Paul). Ce principe est supposé garantir le statut particulier des hongkongais pendant cinquante années. Ainsi, tout en faisant partie de la Chine, Hong Kong possède ses propres lois, sa police, son éducation et sa monnaie. Pékin a tout de même le pouvoir dans le domaine de la défense et de la diplomatie. Notez cependant, que l’île est membre de certaines organisations internationales (OMS, OMC, JO…), sous l’appellation « Hong Kong, Chine ».


En réalité, l’objectif ultime de Deng Xiaoping était de préparer le terrain pour un retour de Taïwan à la Chine. La Chine unique doit absolument être reconnue, le reste est négociable. Ainsi, le principe « d’un pays, deux systèmes » semble être un bon compromis pour le gouvernement de Pékin. D’ailleurs, en 2005, celui-ci a fait passer une loi anti-sécession, interdisant la déclaration d’indépendance de Taiwan. Dans cette loi, le PCC estime que la séparation de Taïwan est le produit de la guerre civile chinoise et appelle l’île à revenir.


→ A lire : Regards Contemporains - Taiwan: “La réunification est un mouvement historique et le bon chemin” (Xi Jinping - 2019)


La loi sur la sécurité nationale chinoise et les réactions internationales


Xi Jinping à la session annuelle du NPC, 2020 - Xinhua


En 2020, une nouvelle loi sur la sécurité nationale a été adoptée par le NPC et vise tout particulièrement Hong Kong. Elle est interprétée comme la fin de l’autonomie de Hong Kong. Même si officiellement, le gouvernement de Pékin affirme que celle-ci n’entravera pas les libertés d’expression et de manifestations.


Cette loi implique une augmentation des pouvoirs de Pékin à Hong Kong. Elle interdit dorénavant toute trahison, sécession, sédition et subversion. De plus, toute activité d’ingérence étrangère sur le territoire sera punie. Ainsi, pour défendre la sécurité nationale, l’article 4 autorise Pékin à mettre en place des agences à Hong Kong. La nouvelle législation n’est que la suite de la stratégie de Pékin face aux manifestants pro-démocratie : utilisation de la loi comme moyen coercitif, de la force calibrée, la surveillance numérique…


Face à l’adoption de la loi sur la sécurité nationale, la communauté internationale s’inquiète de la perte de l’autonomie de l’île. Les Etats-Unis ont pris la décision de supprimer le traitement spécial de l’île concernant le commerce. Par ailleurs, Donald Trump a signé un décret interdisant l’entrée sur le territoire de certains ressortissants représentant un potentiel risque d’espionnage et de vol de secrets industriels.


Le Canada, l’Australie et la Grande-Bretagne ont-eux aussi officiellement exprimés leur désapprobation. Boris Johnson, envisage même la possibilité de faciliter l’accès à la nationalité britannique aux hongkongais détenant un passeport britannique d’outre-mer. Ces derniers ont été délivrés à la population avant la rétrocession de l’île à la Chine. Du côté de l’Union Européenne, des sanctions envers la Chine sont inenvisageables pour l’instant, même si le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a fait part de son inquiétude face à la situation.


Ainsi, Hong Kong se retrouve aujourd’hui dans une situation qui semble l’étouffer. Face à l’accroissement du contrôle de Pékin sur l’île, l’idée d’une autonomie après 2047 paraît de moins en moins réaliste.


Pellegrino A.

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