L’OTAN est-elle en “mort cérébrale” ?

Mis à jour : avr. 7

Notez que depuis 2020, la Macédoine du Nord a intégré l'OTAN.


Le 3 et 4 décembre dernier, l’Angleterre a accueilli le 27e sommet de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN/NATO). Cette rencontre s'est déroulée dans un contexte, à la fois de célébration de 70 années d’alliance entre 29 États et de tensions économiques, politiques et stratégiques.



L’OTAN à travers l’histoire et dans le monde : la nécessité de définir une stratégie répondant aux enjeux du XXIe siècle


L’OTAN a été créée après la seconde guerre mondiale (traité de Washington, 1949), afin de mettre en place une coopération interétatique pour assurer la défense et la sécurité de la région Europe-Atlantique (cf: carte). L’adhésion à l’OTAN représente un engagement important puisqu’il implique une solidarité militaire en cas d’attaque (article n°5). Au sortir de la guerre, l’OTAN avait trois objectifs : contenir l’expansion du communisme en Europe, lutter contre le retour du nationalisme militaire et favoriser l’intégration européenne. Aujourd’hui, les enjeux stratégiques ont évolué et l’OTAN compte 20 000 militaires qui participent à des opérations en méditerranée, au Kosovo et en Afghanistan. Par ailleurs, l’Organisation coopère avec l’Union Africaine, met en place une surveillance aérienne de la zone Baltique, participe à la défense aérienne de la Turquie et mène une formation en Irak.


L’intervention de l’OTAN en dehors de la zone Europe-Atlantique devient un enjeu de plus en plus important et la question de la stratégie à adopter se pose : faut-il que l’OTAN intervienne militairement à l’extérieur ou serait-il préférable de favoriser des coopérations bilatérales ? C’est un des grands enjeux du sommet car le terrorisme et l’instabilité dans les pays voisins menacent l’équilibre et la sécurité de la région.


Les divergences internes : un frein pour l’OTAN ?


De nombreuses tensions diplomatiques entre les pays de l’OTAN sont visibles et divisent l’Organisation sur différents points.


Dans un premier temps, il est question du financement de l’OTAN, qui est régulièrement dénoncé par D. Trump, considérant que les Etats-Unis s’impliquent beaucoup plus que les autres pays dans le financement de la défense de l’Europe. Le budget de l’OTAN est négocié tous les deux ans et il semblerait que pour celui de 2020, il y aura une augmentation de près de 100 milliards de dollars. Par ailleurs, chaque Etat s’est engagé à financer l’OTAN à hauteur de 2% de leur PIB d’ici 2024, dont 20% de ce budget sera orienté dans l’avancée technologique. Pour la période début 2018 à fin 2019, les États-Unis représentent 22% des financements, suivis par l’Allemagne (14%), la France (10%), le Royaume-Unis (10%) et l’Italie (8%). Les autres pays se situent entre 6% et moins d’1%. Malgré les engagements de chacun, la question de l’équité reste très présente et crée des tensions, puisque D. Trump a menacé l’Allemagne de prendre des mesures commerciales si le pays refusait d’augmenter ses dépenses, qui représentent 1,43% du PIB pour l’année 2020.


Au-delà de ce climat de tensions économiques, nous pouvons constater depuis plusieurs semaines des tensions diplomatiques entre la France et la Turquie, notamment depuis l’intervention militaire turque en Syrie, qui fut condamnée par la majorité de ses alliés (Union Européenne, Etats-Unis). Durant le sommet, la Turquie a tenté de faire reconnaître les kurdes YPG (milice kurde syrienne) comme un groupe terroriste, par l’OTAN. Celle-ci s'est heurtée à un refus catégorique, car ce groupe fait partie de la coalition internationale pour la lutte contre l’Etat-Islamique et ne correspond pas, selon E. Macron, à la définition du terrorisme.


Enfin, la question des S-400 (système de défense antiaérien russe) achetés par la Turquie crée des tensions avec les Etats-Unis, qui ont menacé Ankara de sanctions. La Turquie faisant partie de l’OTAN, l’achat de ces armements russes soulève la crainte d’un espionnage de la part de Moscou, ainsi que le risque de transmission d’informations entre les deux systèmes. Par ailleurs, étant dans un contexte de tensions entre la Russie et les Etats-Unis, l’achat des S-400 par un allié est perçu, par ces derniers comme une menace industrielle et économique.


Le bilan de ce 27e sommet et les défis à relever pour l’avenir


Lors d’une interview dans The Economist, E. Macron a qualifié l’OTAN d’organisation en “mort cérébrale” et considère que l’Europe est au bord d’un précipice. Face aux critiques des Etats-Unis sur l’OTAN, le président français estime que l’Europe doit s’imposer comme une puissance. Ainsi, avec les divergences que nous avons évoqué plus tôt, assistons-nous au déclin de l’Organisation transatlantique ? Cette question n’est pas nouvelle, puisque dans les années 1960 et dans un contexte historique entièrement différent, le Général De Gaulle avait déjà remis en question l’utilité de l’Organisation en quittant le commandement militaire intégré de l’OTAN.


Malgré les divergences d’opinion et les tensions évoquées, des décisions ont tout de même été prises par les Etats membres. Ainsi, les pays se sont mis d’accord pour faire de l’espace le cinquième lieu d’opération et se sont engagés à protéger les infrastructures de télécommunications. De plus, la lutte contre le terrorisme sera intensifiée par la mise en place d’une nouvelle stratégie. Enfin, la question du renforcement du rôle politique de l’OTAN s’est posée et va devenir un sujet de réflexion au sein de l’Organisation.


Même si le Secrétaire Général de l’OTAN conclut sur une note positive, il reste tout de même de nombreux défis pour l’avenir : au delà des tensions politiques, économiques et stratégiques à surmonter, la Chine pourrait représenter un défi ou une opportunité pour la sécurité de la zone Europe-Atlantique.


A. Pellegrino




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