"La voie de la non-violence" et la place de l’idéalisme dans les relations internationales


Aujourd’hui, nous vous proposons un ouvrage recueillant des textes de Gandhi sur la notion de non-violence. Gandhi est à notre époque, une figure mondialement connue, qui symbolise la paix. Il nous a paru intéressant de présenter cet ouvrage, car à travers sa doctrine et sa quête religieuse, il apporte une vision non occidentale de ce que pourrait être les relations internationales.



Dans un premier temps, cet ouvrage permet d’avoir une plus grande connaissance sur ce personnage, puisque les textes choisis retracent les grandes périodes de sa vie. Trois grands accomplissements sont mis en valeur : la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud en 1893, en prenant la défense des indiens en tant qu’avocat ; la défense de l’égalité des droits entre les hommes en luttant pour la réhabilitation des intouchables ; ainsi que la campagne anti-anglaise menée en Inde, à travers l’appel au boycott de produits importés d’Angleterre. Il a par ailleurs participé aux négociations pour l’indépendance de l’Inde en 1947, après avoir passé deux ans en prison. Il sera assassiné le 30 janvier 1948.


Dans un deuxième temps, cet ouvrage est aussi une introduction à la désobéissance civile. C’est un concept en science politique qui consiste à refuser de se soumettre à une loi et auquel Gandhi ajoute une dimension religieuse. Il a grandement été influencé par H.D. Thoreau et son essai sur «Le devoir de la désobéissance civile» (1849), ainsi que J. Ruskin et «Unto this last» (1860). Il a d’ailleurs été emprisonné de nombreuses fois pour désobéissance civile. Au cours de ses luttes, lectures et à travers son projet de développement spirituel, il a élaboré et défendu sa doctrine de l’ahimsa (non-violence active) : «Je n’ai connu aucune distinction entre parents et inconnus, entre compatriotes et étrangers, entre blancs et hommes de couleur, entre hindous et indiens appartenant à d’autres confessions, qu’ils soient musulmans, parsis, chrétiens ou juifs. Je peux dire que mon cœur a été incapable de faire de telles distinctions. […] Grâce à une grande discipline et à la prière, depuis plus de quarante ans j’ai cessé de ressentir de l’inimitié pour qui que ce soit». A travers cette manière de percevoir les choses, Gandhi prône l’adoption de la non-violence afin de résoudre les problèmes et conflits, qu’ils soient d’ordre national ou international. Sarvepalli Radhakrishnan, ancien Président indien (1962-1967), disait de Gandhi qu’il était «le premier à avoir étendu le principe de la non-violence du plan individuel au plan social et politique».


Enfin, dans un troisième et dernier temps, cet ouvrage reflète le courant idéaliste en relations internationales. D’ailleurs, Gandhi se définissait lui-même comme un «idéaliste pratique». En effet, il estimait que «la non-violence est la loi de notre espèce, comme la violence est la loi de la brute. […] La dignité de l’homme exige d’obéir à une loi supérieure : à la force de l’esprit». L’idéalisme s’oppose au réalisme, courant qui domine les Relations Internationales depuis la seconde guerre mondiale (influencé par Hobbes, Rousseau, Thucydide, Machiavel, Clausewitz…). Dans cette théorie, la loi internationale caractérisée par les droits de l’Homme, est au-dessus de tout. Les individus agissent en ce sens et les Etats sont soumis à ces derniers. Les relations internationales, sous le prisme de l’idéalisme, sont orientées par des principes moraux tels que la justice et l’équité. En découle ainsi, l’idée de « paix perpétuelle » et de «triomphe de la démocratie dans le monde». (Institut Européen des Relations Internationales, «Réalistes et Idéalistes. A la recherche d’une morale d’action en politique étrangère»).


Dans ses actions, Gandhi a reçu le soutien de nombreuses personnalités et intellectuels, notamment Tolstoï, qui estimait qu’il envoyait «un message d’espérance pour les peuples opprimés». «L’espoir» semble être le mot parfait pour qualifier l’idéalisme en relations internationales et l’ahimsa de Gandhi. Pour conclure cet article, nous vous laissons avec une citation issue du livre : «L’Histoire m’a enseigné une vérité importante. Quelle que soit la noblesse d’une cause à défendre, la haine et la violence compromettent la paix que l’on recherche et font redoubler la haine et la violence. […] J’ai la conviction que dans les temps à venir l’Inde saura opposer ce message à la menace d’extermination générale que fait courir à notre planète la bombe atomique». (L’Inde a fait son premier essai nucléaire en 1974 et fait aujourd’hui partie des 9 pays à posséder l’arme atomique).


Pellegrino A.

Les + de l’ouvrage :

  • C’est un ouvrage très court, qui se lit rapidement et facilement.

  • D’un point de vue culturel, il nous transporte dans une toute autre manière de penser, notamment avec l’influence de la religion hindouiste dans ses réflexions.

Les – de l’ouvrage :

  • Certains aspects culturels et historiques mériteraient d’être plus développés en notes de bas de pages.

  • Des séparations (chapitres) dans le récit manquent.

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