Le Liban en crise


Depuis 2019, le Liban est en proie à de nombreuses manifestations. A l’origine du mécontentement de la population : une taxe mise en place par le gouvernement sur l’application WhatsApp. Le pays a une grande diaspora, ainsi l’application de communication a une grande importance pour la population. Cette taxe n’est cependant que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Depuis plusieurs années, la situation de la population libanaise se dégrade avec la crise économique, l’incapacité du gouvernement à fournir suffisamment d’eau et d’électricité, un accès réduit aux services de santé, les difficultés d’accès à l’emploi etc.


Les manifestations sont de plus en plus violentes et regroupent toutes les communautés religieuses, toutes les générations et tous les sexes. Il y a une forte volonté de changer la classe politique, qui est présente depuis longtemps et qui semble être dans l’incapacité de résoudre la crise économique. Nous allons ici revenir sur les origines de cette crise qui, à bien des égards, est liée au contexte géopolitique régional.



La crise économique


Depuis plusieurs années, le Liban fait face à une grave crise économique. Les jeunes ne trouvent pas d’emploi et sont forcés de quitter le pays, d’où l’importance de la diaspora libanaise. Et le coût de la vie devient de plus en plus cher.


Pour certains, cette crise est liée aux choix politiques qui ont été pris après la guerre civile. Il y a eu une stabilisation monétaire à la suite de l’alignement de la livre libanaise sur le dollar, ce qui a eu un impact positif sur le secteur banquier. Cependant, cela a entraîné une augmentation des coûts de production, qui n’ont pas permis de développer ce secteur. Ce qui fait que le Liban produit très peu et importe beaucoup.


Même si la crise économique est ce qui motive les manifestations, on observe qu’elle est aussi très liée à une crise politique et aux troubles régionaux.


La crise politique et institutionnelle


Nous souhaitons mettre l’accent sur le système politique, qui est singulier et repose sur un gouvernement tripartite. Cet arrangement politique a été imposé durablement par l’accord Taëf (1989), qui a mis fin à la guerre civile (1975-1990). Ainsi, le Président de la République est toujours issu de la communauté chrétienne maronite, le Premier Ministre est sunnite et le Président de la Chambre des députés est chiite. Chaque communauté doit jouer un rôle politique.


Ces institutions sont remises en question car le gouvernement est accusé de corruption et de népotisme. Les élites politiques sont dans l’incapacité de construire un système permettant de répondre aux besoins de la population. Ainsi, aujourd’hui nous parlons de crise de la gouvernance libanaise.


Au-delà de la corruption, cette crise est aussi dû à l’ingérence de plusieurs pays de la région dans les affaires internes du pays. Rappelons qu’en 2017, le Premier ministre Saad Hariri démissionne dans des circonstances suspectes, lors d’un voyage en Arabie Saoudite, amenant la communauté internationale à accuser Riyad de kidnapping et d’ingérence politique. Par ailleurs, l’histoire du Liban montre une volonté de s’immiscer dans les affaires internes du pays, puisque celui-ci subit des influences externes et a été envahi plusieurs fois par des pays de la région, dont Israël et la Syrie.


L’une des influences politiques la plus critiquée, à la fois par la population et les puissances régionales, est le Hezbollah libanais. Il s’agit d’un parti politique chiite créé à la suite de l’invasion israélienne dans les années 1980. Au départ, ce groupe avait pour volonté d’instaurer une République Islamique au Liban. Cependant, au fil des années, le projet politique s’est assoupli et aujourd’hui le Hezbollah fait entièrement partie du système politique. Celui-ci est un tremplin permettant à l’Iran d’avoir une influence dans les affaires internes libanaises. D’ailleurs, récemment (mai 2020) l’Allemagne a interdit le groupe pro-iranien sur son territoire, considéré comme une organisation terroriste. Hassan Nasrallah, Chef du Hezbollah libanais, a considéré que cette décision prise en Allemagne était une volonté des Etats-Unis et d’Israël. On voit bien ici le reflet des tensions régionales dans le pays. D’ailleurs, Xavier Baron (journaliste spécialiste du Proche-Orient) disait que « les querelles de la région se vident au Liban ».


Au-delà des ingérences de l’Iran et de l’Arabie Saoudite, le Liban est aussi beaucoup influencé par le conflit Israélo-palestinien et syrien.


Les conflits régionaux déstabilisent le Liban


Lorsque le conflit a débuté entre Israël et la Palestine, une résistance palestinienne et de nombreux réfugiés se sont installés au Liban, à partir des années 1970. Ça a entraîné deux conséquences : une guerre civile et l’invasion israélienne.


La guerre civile (1975-1990) a débuté à la suite d’un accrochage entre des palestiniens et des membres des Phalanges (parti chrétien) à Beyrouth. Cette guerre civile, qui a ravagé le pays (bombardements, présence de guérillas, assassinats de civils), oppose les chrétiens et les pro-arabisme (incluant les palestiniens). Très rapidement, la Syrie va intervenir dans cette guerre civile, d’abord en se proposant comme médiatrice, puis en menant une intervention militaire afin de sécuriser sa position et mener à bien ses projets. En effet, Damas craignait une alliance entre la partie chrétienne du Liban et Israël ; ou une invasion de la Syrie par Israël, en passant par le Liban. Par ailleurs, il y avait une volonté de créer une Grande Syrie, composée du Liban, de la Syrie, de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) et de la Jordanie. La Syrie va ainsi exercer une hégémonie importante au Liban pendant près de 30 ans et ses derniers soldats partent du pays qu’en 2005.


La formation d’une résistance palestinienne au Liban a aussi créé des tensions avec Israël, qui en 1982 envahit le sud du pays (Opération Paix en Galilée), afin de mettre un terme aux attaques lancées par l’OLP depuis le Liban.




Concernant le conflit syrien actuel, au-delà du Hezbollah qui a envoyé des combattants en Syrie, le Liban arrive à garder ses distances. Cependant, il est tout de même impacté puisque le pays a reçu près d’1 millions de réfugiés syriens et une résistance liée à la rébellion syrienne s’est installée. Si on rajoute les réfugiés palestiniens, on estime que la population au Liban est composée à 30% de réfugiés. Ce qui peut fortement participer à déstabiliser la société libanaise, abandonnée par la communauté internationale, qui n’apporte aucun soutien pour les migrants.


Pour conclure, malgré une diaspora importante, le Liban est affaibli sur la scène internationale. Auparavant, il était comparé à la Suisse grâce à ses banques et son emplacement géographique favorisant le commerce. Aujourd’hui, l’avenir du pays repose sur sa capacité à mettre en place un système politique qui va pouvoir prendre les mesures nécessaires afin de sortir de la crise économique et d’apporter des conditions de vie dignes pour sa population.

A. Pellegrino

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