Les Nations Unies en lutte contre les Mutilations Génitales Féminines (#endFGM)

Mis à jour : avr. 16


Le 6 février a été décrété Journée internationale de la tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines (MGF ou excision) par l’Organisation des Nations Unies. Selon l’OMS, entre 100 et 140 millions de filles et de femmes dans le monde ont subi une MGF, dont la majorité se trouvent en Afrique. On estime en moyenne que toutes les 15 secondes, une fille est excisée dans le monde.


En cette occasion, nous en profitons pour faire le bilan de cette pratique, revenir sur les origines et les conséquences pour la santé des femmes qui en sont victimes.


Source : L’OBS


Que sont les mutilations génitales féminines ?

La MGF est une pratique traditionnelle qui consiste à exciser partiellement ou entièrement les organes génitaux externes de la femme. Il y a quatre types de mutilations génitales et afin de briser le tabou sur cet organe féminin, nous vous proposons un schéma qui vous permettra de mieux visualiser les 3 dernières formes de mutilations génitales :

  • Ablation du capuchon du clitoris (présent sur l’appareil génital externe de la femme).

  • La clitoridectomie : suppression de tout le clitoris, ou d’une partie uniquement. C’est la forme la plus pratiquée en Afrique Subsaharienne.

  • Excision de l’ensemble du clitoris et des petites lèvres.

  • Circoncision pharaonique ou Infibulation : dans un premier temps, il s’agit de couper, entièrement ou partiellement le clitoris, les petites lèvres et l’intérieur des grandes lèvres. Ensuite, les côtés de la vulve sont cousus de sorte à ne laisser qu’une petite ouverture pour que l’urine et les menstruations puissent être évacuées. Cette pratique est la plus grave en terme de mutilation génitale et se fait dans quelques pays comme le Soudan, la Somalie, Djibouti, l’Egypte ou l’Ethiopie.

Source : Huston P., Rapport compilé pour le groupe de travail fédéral interministériel sur les mutilations des organes génitaux féminins, bureau pour la santé des femmes, Santé Canada, 2000.

La pratique des MGF a des conséquences négatives sur la santé des femmes, à la fois sur le court et le long terme. Sur le plan physique, la jeune fille peut avoir un retard de croissance en raison de saignements pouvant entraîner de l’anémie; il y a un fort risque de mort par hémorragie ou d’infections dues à l’utilisation d’instruments non stérilisés (tétanos, VIH/Sida, infections urinaires). Par ailleurs, les femmes dont on a cousu les parties génitales doivent être décousues au moment des accouchements et recousues par la suite, ce qui crée des traumatismes et des douleurs importantes. De plus, cette pratique rend les rapports sexuels très pénibles et supprime le plaisir de la femme. Rappelons que le clitoris est l’organe du plaisir féminin.


On observe sur la carte ci-dessus, que les MGF sont majoritairement présentes en Afrique. Cependant, si nous faisons un retour historique sur ces pratiques, nous pouvons faire le constat qu’au fil des siècles, les MGF ont été pratiquées partout dans le monde, y compris en Europe et en Amérique du Nord. Au XIXe siècle, on pensait que cela permettait de lutter contre l’hystérie, la nymphomanie et la masturbation. Par ailleurs, il est important de ne pas confondre MGF et la circoncision des hommes, car les dégâts engendrés sont entièrement différents, puisqu’il n’y en a aucun pour l’homme, que ce soit physique ou psychologique. En outre, contrairement aux MGF, la circoncision a plutôt pour objectif de « mettre en relief la masculinité de l'homme sans détruire l’organe génital » (Diakite Fatoumata Siré, Les mutilations génitales féminines : Une question de pouvoir plus qu’une tradition et une culture en Afrique).


Pourquoi les mutilations génitales féminines sont-elles encore pratiquées ?


Nous pouvons observer trois raisons qui expliquent l’existence de ces pratiques au XXIe siècle. Au vu du nombre important de cas de MGF en Afrique, nous nous pencherons uniquement sur cette zone géographique.


Tout d’abord, elle est sociale et culturelle. L’excision des femmes renvoie une bonne image de la famille au sein de la société et permet d’être identifié à un groupe ethnique ou tribal. Une femme qui ne serait pas excisée, est considérée comme une « malpropre » et ne pourra pas se marier. La mutilation permettrait de rendre la femme pure et de préserver sa virginité avant le mariage. Après, cela garantirait la fidélité de la femme dans le mariage. Par ailleurs, nous pouvons retrouver certaines croyances affirmant que les femmes non mutilées peuvent tuer les hommes pendant les rapports sexuels. Ainsi, le rôle attribué à la femme dans la société est un enjeu important dans l'excision.


Ensuite, la place des religions dans l’encouragement de ces pratiques se pose. Bien souvent, nous pensons que les mutilations génitales féminines ont été introduites en Afrique par l’islam. Cependant, il s’avère qu’elles existaient déjà auparavant. Lorsque les musulmans sont arrivés en Afrique, la majorité de la population ne savait pas lire et la pratique a été intentionnellement associée à l’islam afin qu’elle perdure. Les MGF n’apparaissent pas dans le Coran, mais le Prophète aurait affirmé que l’excision des femmes n’est pas une obligation, contrairement à la circoncision des hommes. Il faut noter qu’une grande partie des pays du Moyen-Orient ne pratiquent pas les MGF (Arabie Saoudite, les pays du Golfe, Irak, Koweït, Pakistan etc.). En ce qui concerne le judaïsme, il est inscrit dans le Livre des prières, que la femme doit être excisée en cas d’infidélité. Dans la Bible, elles sont absentes. En arrivant en Afrique, les chrétiens n’ont pas réussi à mettre fin à ces pratiques et ont finalement laissé les populations agir, de peur que les convertis se détournent du christianisme. Ainsi, le poids de la tradition et des coutumes n’est pas négligeable.


Enfin, la dernière raison est économique. Le marché de l’excision procure des revenus élevés aux femmes pratiquants les MGF, et à leurs familles. Cela complique la mise en place d’actions efficaces, car malgré les interdictions et les sensibilisations aux droits humains, les exciseuses continuent de proposer ces services clandestinement. C’est une situation face à laquelle les Etats ont énormément de mal à lutter, car les victimes de ces violences sont aussi difficilement détectables. De plus, la bataille poussant à éradiquer la pratique des MGF, amène de plus en plus de parents à faire exciser leurs filles alors qu’elles n’ont que quelques mois, rendant cette pratique encore plus dangereuse.


Comment lutter contre ces pratiques ?


ONU Femme a l’ambition d’éliminer entièrement les MGF d’ici 2030 et a défini trois niveaux d’action. A l’échelon national, chaque Etat devrait mettre en place un budget et une politique de lutte contre les MGF. Le droit et l’Etat doit protéger les femmes contre ces violences, notamment à travers la mise en place d’une assistance juridique, des services de santé liés à la sexualité et à la reproduction, ainsi que l’éducation. Au niveau régional, les institutions interétatiques et économiques sont appelées à travailler ensemble afin d’empêcher que les femmes quittent leur État pour rejoindre un pays où les lois sur les MGF sont moins strictes. Et localement, ONU Femme demande aux chefs religieux d’apporter un nouveau discours qui dissocie MGF et religion, ce qui permettrait de réduire les pressions sociales autour de cette pratique.


De nombreuses associations et institutions étatiques mettent en place des interventions pour sensibiliser la population et faire évoluer les croyances autour du corps de la femme. Cependant, il y a de nombreuses réticences et un attachement profond à la tradition. De ce fait, la situation évolue lentement. Ces violences vont à l’encontre du développement et ne pourront être endiguées que si un environnement favorable à l’émancipation des femmes est instauré dans le domaine social, économique et éducatif.


A. Pellegrino

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