Taiwan: « La réunification est un mouvement historique et le bon chemin » (Xi Jinping – 2019)

Mis à jour : avr. 14


Le 11 janvier 2020, les taiwanais ont réélu Tsai Ing-wen lors des élections présidentielles. En 2016, elle a été élue pour la première fois, sur la base d’une vision politique s’ouvrant sur le monde et s’éloignant de la Chine. Cependant, aujourd’hui la République de Chine (nom formel de Taiwan) n’a de relations diplomatiques qu’avec quinze pays et n’est pas reconnue par l’ONU, la République Populaire de Chine (RPC- Chine continentale) exerçant une pression internationale sur les institutions et organisations pour le soutien d’une Chine unique gouvernée par le Parti Communiste Chinois (PCC). Le contexte de ces élections présidentielles très contestées en RPC nous donne l’occasion de faire un retour historique sur la Chine et Taiwan, ainsi que d’expliquer les enjeux liés à cette île.


Longue lutte entre nationalistes et communistes


De 1937 à 1945, le territoire chinois était envahi par le Japon. La plupart de la population chinoise vivait dans les zones sous emprise japonaise, une autre partie de la population se trouvait en « Chine libre », contrôlée par le Kuomintang (parti nationaliste fondé par Sun Yat-Sen en 1912) et une dernière dans une plus petite zone (Yan’an) dirigée par le PCC (fondé par Mao Zedong en 1921).


Source : Archives Larousse


Durant cette période, les deux partis politiques combattaient sur deux fronts : contre l’invasion japonaise et entre eux. La guerre contre le Japon a permis le rapprochement du PCC et du Kuomintang (représenté par Chiang Kai-shek à cette époque). Le PCC a ainsi mis un frein à la révolution communiste qu’il tentait de mettre en place dans le pays et mis l’armée rouge sous les ordres du commandement central du Kuomintang. Ce dernier a accepté en échange, que le PCC soit représenté dans ses institutions consultatives et a permis au parti d’installer des bureaux de liaisons dans plusieurs villes du pays. Cependant, dans les faits, les deux partis ne constituaient pas un front uni, puisque l’armée rouge agissait de manière indépendante, le PCC continuait de recruter des militants et de renforcer son armée : en 1937, elle comptait 92 000 hommes alors qu’en 1945 elle est montée à 910 000 hommes. Au final, la résistance contre le Japon a permis au PCC de mobiliser en masse, la population chinoise des campagnes. L’offensive japonaise Ichigo, menée en 1943, a représenté une autre grande opportunité pour le PCC, car elle a engendré la destruction d’une grande partie de l’armée nationaliste, amplifiant l’expansion du PCC.


En 1945, la guerre contre la Japon se termine et l’armée communiste se dirige vers le nord de la Chine pour forcer les troupes japonaises à se rendre. Face à cette initiative, le Kuomintang a demandé à l’armée japonaise de reprendre les terres qu’ils occupaient et de repousser l’armée rouge. Dans cette bataille, les Etats-Unis ont soutenu les nationalistes et envoyé une flotte afin de protéger Pékin et Tianjin d’une invasion soviétique. En 1949, l’armée du PCC arrive à Pékin et pousse les nationalistes à se rendre. Grâce aux armes japonaises qu’ils s’étaient procurés en Mandchourie et aux armes américaines confisquées aux nationalistes vaincus, l’armée du PCC a finalement réussi à gagner la guerre, poussant le Kuomintang à se réfugier dans la province de Taiwan.


Taiwan a une histoire unique par rapport aux autres régions de la Chine, puisque le Japon a dirigé l’île pendant cinquante ans (1895-1945). Lorsque les nationalistes se sont réfugiés sur l’île, des massacres de population ont eu lieu, faisant entre 8 000 et 10 000 morts. Il y avait la crainte d'une collaboration de la population taiwanaise avec le PCC. Le Kuomintang mis en place une dictature et prétendait représenter la Chine sur la scène internationale. En pleine période de guerre froide, les Etats-Unis ont soutenu la République de Chine à Taiwan, ne voulant pas accepter la perte de la Chine continentale au profit du communisme.


De 1950 à 1971, Taiwan siégeait à l’ONU et représentait la Chine. Jusqu’à l’adoption d’une résolution faisant entrer la RPC à l’ONU et excluant Taiwan.


Le principe de Chine unique


Aujourd’hui, Taiwan est considéré par la Chine comme une province séparatiste, qu’elle compte bien récupérer. Dans un discours de Xi Jinping à l’occasion du 40e anniversaire du Message aux compatriotes taiwanais en janvier 2019, le président chinois a réaffirmé la volonté de la Chine de récupérer l’île, quitte à avoir recours à la force. Dans ce discours, il a parlé de Taiwan comme si le retour de l’île dans « la mère patrie » était inévitable et a proposé une solution semblable à Hong-Kong avec un pays et deux systèmes.


L’avenir de Taiwan semble donc tout tracé pour Pékin : « Après une réunification pacifique, Taiwan aura une paix durable et le peuple pourra apprécier une vie bonne et prospère. Avec le soutien de la grande mère-patrie, le bien-être des compatriotes sera meilleur, leur développement sera encore plus grand » (The Guardian, 2 janvier 2019). Cette volonté politique s’ancre dans la vision de la Chine unique imposée par Pékin et qui consiste à reconnaître la RPC comme l’unique Chine dans le monde. Ainsi, Taiwan mais aussi le Tibet, Hong-Kong, Macao ou le Xinjiang font partie de la RPC, qu’importe leur volonté d’indépendance. Ce principe de Chine unique a été imposé sur la scène internationale puisque la RPC refuse tout échange diplomatique et commercial avec les pays qui vont à l’encontre de ce principe. Ainsi, lors des récentes élections présidentielles taiwanaises, la Chine a accusé plusieurs pays, dont le Japon, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, d’avoir agi à l’encontre du principe de la Chine unique en félicitant la présidente.


De son côté, Taiwan ne partage pas le même avis que Pékin et Tsai Ing-wen a déclaré : « J’appelle la Chine à faire face à la réalité de l’existence de la République de Chine […] et [Pékin] doit respecter l’engagement de 23 millions de taiwanais pour la liberté et la démocratie » (The Guardian, 2 janvier 2019). Cependant, Taiwan perd de plus en plus de soutien sur la scène internationale et commence à se retrouver isolé. Néanmoins, même si les Etats-Unis, dont l’administration de D. Trump, reconnaissent le principe de Chine unique de la RPC, ils apportent tout de même un appui militaire à Taiwan.


Il faut aussi prendre en compte le fait que Taiwan se trouve au milieu d’une zone stratégique en mer de Chine où le Japon, la Chine et Taiwan revendiquent leur souveraineté sur les îles Diaoyu/Senkaku, dont les eaux sont riches en hydrocarbures. Par ailleurs, le détroit de Taiwan (de Formose) pourrait devenir la scène d’un conflit armé, puisqu’il a souvent été un lieu de tensions avec la Chine, notamment lors des premières élections démocratiques à Taiwan en 1996.

Sources : Perspectives Chinoises


Au-delà des pressions diplomatiques et territoriales, la RPC et Taiwan ont tout de même réussi à développer de bonnes relations économiques à travers des échanges commerciaux, le développement du tourisme (multiplication des liaisons maritimes et aériennes), des échanges universitaires et scientifiques etc. Cependant, la Chine semble persister dans l’idée d’un retour de Taiwan et la réaction du PCC lors des dernières élections présidentielles en a été la preuve.


A. Pellegrino


Pour aller plus loin :

  • FAIRBANK John K., GOLDMAN Merle, Histoire de la Chine : des origines à nos jours, Editions Tallandier, 2013.

  • KNAPP Ronald, China’s island frontier : Studies in the historical geography of Taiwan, University of Hawaii Press, 1980.

  • COPPER John F., Taiwan : nation-state or province ?, Routledge, 2020.

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