Tensions entre les Etats-Unis et l’Iran : beaucoup de bruit pour rien ?


Ces derniers jours, sous l’effet de l’emballement médiatique, le monde avait les yeux rivés sur le Moyen-Orient, paniqué à l’idée d’une troisième guerre mondiale ou d’une guerre nucléaire. Cependant, à la surprise générale, les Etats-Unis ont mis fin à l’escalade de la violence, en répondant aux dernières frappes iraniennes par des sanctions économiques. Même si aujourd’hui, l’heure est à la désescalade, c’est l’occasion de prendre du recul sur les derniers évènements et de faire un retour sur les enjeux de pouvoir dans la région ainsi que sur la relation entre les Etats-Unis et l’Iran. Pour se remémorer rapidement les éléments qui ont constitué cette crise, une brève chronologie ci-dessous rappelle les faits.


L’Iran : Une puissance régionale en devenir


L’Iran tente depuis de nombreuses années, de s’imposer comme un acteur majeur dans la région. Dès 1982, le pays a créé le Hezbollah afin de soutenir le Liban, dont le territoire était envahi par Israël. Aujourd’hui, depuis le retrait de l’armée américaine (2011), l’Iran s’intéresse à l’Irak, pays à majorité chiite, et a consolidé son soutien avec le régime de Bachar al-Assad, allié de longue date, depuis la guerre avec l’Irak (1980-1988). L’engagement militaire de l’Iran dans ces deux pays, n’est pas uniquement dû à la religion ou des alliances anciennes et s’explique aussi par la crainte de voir son propre territoire envahi par l’Etat Islamique. La carte ci-dessous vous permet d’avoir une idée générale de l’influence de l’Iran dans la région.


Source : Le Monde Diplomatique



En outre, il est important de noter que l’Iran cherche à créer un accès vers la méditerranée, afin de sécuriser ses exportations de pétrole en cas de blocage du détroit d’Ormuz. Cependant, le pays, ne pouvant pas assurer un contrôle sur tous ces territoires, l’Iran a mis en place ce qu’appelle B. Hourcade (géographe spécialiste de l’Iran), « l’archipel » chiite, à travers le Hezbollah au Liban, en Syrie et en Irak : on parle de l’axe Téhéran, Bagdad, Damas, Beyrouth. Cette stratégie s’ancre aussi dans un contexte de concurrence régionale avec l’Arabie Saoudite autour de rivalités énergétiques et d’affrontements indirects afin d’influencer les évolutions politiques des pays de la région, comme c’est le cas en Syrie ou au Yémen.


La relation entre les Etats-Unis et l’Iran : entre amitié et haine


Les Etats-Unis et l’Iran n’ont pas toujours été des ennemis. Vers la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, les Etats-Unis étaient les alliés de l’Iran, qui combattait à l’époque l’ingérence anglaise et russe sur son territoire. En effet, ces deux puissances se disputaient l’Iran en s’accaparant des territoires et ses richesses à travers des traités, prêts ou concessions. Pendant la guerre froide, le pétrole iranien a commencé à prendre de l’importance stratégique entre les Etats-Unis et l’URSS, qui avait d’ailleurs envahi une partie du territoire iranien. Les Etats-Unis ont joué un rôle important à l’ONU pour que l’URSS respecte ses engagements de se retirer de l’Iran en 1946. Cette situation va permettre aux américains d’accéder à la politique interne du pays et de soutenir le shah, dans une optique anti-soviétique. En 1978-1979, de violentes manifestations réclament le départ du shah, accusé d’être à la botte des américains, qui avaient soutenu son accession au pouvoir. En novembre 1979 vient la prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran pendant près d’un an. L’humiliation ressentie par les Etats-Unis va marquer la relation avec l’Iran et reste encore aujourd’hui dans les mémoires.


Après une brève tentative par B. Obama de renouer le dialogue à travers l’accord sur nucléaire en 2015, aujourd’hui les Etats-Unis et l’Iran se retrouvent de nouveau dans une situation tendue, avec l’arrivée au pouvoir de D. Trump. Depuis de nombreuses années, les deux pays se menacent mutuellement sans directement s’affronter. Cependant, comme l’a montré la récente crise, aucun des deux n’a intérêt à rentrer dans une guerre ouverte. D’un point de vue militaire, l’Iran n’a pas les moyens d’affronter l’armée américaine. Pour les Etats-Unis, ce serait trop coûteux et la défense américaine semble plutôt s’orienter vers la Chine et la Russie.


Au regard de ces éléments, nous comprenons que l’agitation médiatique autour d’une troisième guerre mondiale était exagérée. Pour le moment, la situation entre les deux pays devrait rester la même et nous serons certainement amenés à voir régulièrement des escalades semblables à celle qui a marqué le début de l’année 2020, sans que cela conduise à une guerre.


A. Pellegrino




Pour aller plus loin :

  • HERODOTE, Regards géopolitiques sur l’Iran, 2018, La Découverte, 280 pages.

  • HOURCADE Bernard, Géopolitique de l’Iran - Les défis d’une renaissance, 2016, Perspectives géopolitiques, 336 pages.

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