The Beautiful Game : destins et passion aux quatre coins du monde



The Beautiful Game… Foot, guerres et politique. Cet ouvrage aurait tout aussi bien pu être sous-titré « Rencontres, destins et passion ». Car cette longue pérégrination de l’écrivain indépendant Romain Molina à travers le monde, à la recherche de personnalités fortes, de caractères passionnés, prêts à tout pour jouer au football et partager des émotions en dépit des obstacles, de la torture et de la mort, retrace véritablement le récit de destins hors-du-commun, résistant à leur manière au tourbillon des guerres, à la puissance des firmes et des Etats, à la folie des puissants.


Romain Molina n’en est pas à son premier livre. Auteur de magistrales biographies d’Unai Emery (ancien entraîneur du FC Séville, du PSG, d’Arsenal) et d’Edinson Cavani (célèbre attaquant uruguayen, passé lui aussi par le PSG), deux figures secrètes et viscéralement attachées à leur terre, de La Mano Negra, enquête dénonçant les dérives politico-mafieuses au sein du monde du football, et plus récemment collaborateur d’une investigation internationale ayant conduit à la chute du président de la Fédération haïtienne de football, pour des accusations de viols sur mineures, il revient ici avec une émouvante galerie de portraits, qu’il avait déjà réalisée, d’une autre manière avec un Galère Football Club retraçant la difficulté au quotidien d’être un joueur de foot amateur.


C’est donc dans un tout autre contexte que s’inscrit ce nouvel ouvrage : les galères, sans aucun doute. Mais cette fois-ci, c’est à travers le Moyen-Orient, l’Asie du Sud et l’Amérique centrale que se déroule ce périple sportif. Le choix de ces régions pourrait apparaître déroutant, à première vue, tant on a peu l’habitude de les lier au football. Et pourtant, la force du récit est bien là : nous faire vivre, presque, et donc un peu déjà nous faire comprendre, à quel point la passion pour le football est sans limites, sans frontières. Qui pouvait penser que le Yémen, l’Irak, dévastés par des années de guerres entre puissances étrangères sur leur sol, que le Népal, perché au sommet du monde et terrassé par les séismes, furent ainsi le creuset d’une passion débordante en forme d’évasion ?


Dans un livre remarquablement écrit, et superbement illustré par Marion Goux, les entretiens font se succéder tristesse, parfois colère, souvent rires, mais toujours espoir. Car ce qui transparaît peut-être le plus de ce voyage et qui rend le titre de ce livre si justement choisi, c’est bien la notion de beauté. Beauté du foot, des lieux, et en fin de compte des relations humaines, par-dessus tout… comme c’est le cas au Yémen. Magnifique pays ravagé, les voyages de son équipe nationale sont des périples, traversant toute l’Asie dans des conditions précaires pour tenter d’arracher des victoires qui sont autant de joie dans le cœur de son peuple.


La lecture du livre ne manquera pas de marquer à travers le récit de la folie barbare du clan Hussein, et notamment d’Uday, le fils du dictateur, et de ces joueurs qui se battent jusqu’en Indonésie tandis que leur famille subit la répression. La belle histoire de Pen Phath, légende de la sélection cambodgienne, aura de quoi redonner foi dans le foot et les hommes. Les turpitudes du football cubain, dans l’ombre du baseball, feront plonger le lecteur dans l’atmosphère mythique et mouvementée de la Cuba castriste, proche du régime soviétique.


Les récits racontés sont tous plus touchants les uns que les autres. Et la variété des rencontres nous rappelle que si le sport est une passion, un vecteur de solidarité et d’entente, il est aussi le terrain de jeu de forces puissantes, des intérêts les plus divers et pas toujours les plus scrupuleux. Quoi qu’il en soit, lire ce livre est une formidable manière d’approcher le monde du foot au-delà du terrain, et de découvrir le destin fondamentalement politique d’hommes et de sélections acteurs de leur histoire.


C. Dumons



Romain Molina, The Beautiful Game, foot guerres et politique, Éditions Exuvie, 248p., 2020.

741 vues0 commentaire