Tout ce qu’il faut savoir sur l’élection américaine


Mandel Ngan / Getty


Le 3 novembre prochain auront lieu les élections présidentielles aux États-Unis. Première puissance mondiale, acteur de premier plan sur la scène internationale, l’Amérique, assurément, fascine et influence… Regards Contemporains vous propose un décryptage des enjeux en répondant à quelques questions cruciales.


Comment fonctionne une élection présidentielle aux États-Unis ?


La France, c’est simple, utilise la méthode du scrutin direct : on vote pour un candidat et celui qui remporte 50% des voix, plus une, remporte l’élection. Aux États-Unis, le vote se joue de manière indirecte.


Dans chaque État, les citoyens votent pour des grands électeurs, qui se portent garants du candidat choisi par leur parti au niveau national (cette année donc, Donald Trump pour le parti Républicain et Joe Biden pour le parti Démocrate). La règle est la suivante : le candidat qui remporte la majorité des voix dans un État remporte tous les grands électeurs de l’État . Le nombre de grands électeurs dans chaque État est calculé en fonction de la population de celui-ci. Par exemple, la Californie, État le plus peuplé, dispose de 55 grands électeurs, quand le Wyoming, État le moins peuplé, n’en dispose que de 3. Il est donc crucial, évidemment, pour les candidats, de remporter les États avec le plus grand nombre de grands électeurs (et donc les plus peuplés). Nous y reviendrons. Quelques temps après l’élection populaire, le Collège électoral, réunissant les grands électeurs, élit alors le président.


Que représentent les partis ?


Il convient de noter qu’il s’agit d’un système bipartisan : en clair, deux partis dominent largement tous les autres au niveau national. Ils ont un spectre politique beaucoup plus large qu’en Europe, réunissent des tendances très diverses :

  • Le parti Démocrate est aujourd’hui le parti réunissant le centre et jusqu’à la gauche radicale. Historiquement parti conservateur socialement mais plus à gauche économiquement, il était très populaire dans le sud pauvre jusque dans les années 1960. On y trouvait notamment de nombreux sénateurs Dixiecrats (démocrates du sud), favorables à la ségrégation raciale. Cependant, celui-ci a largement modifié sa politique à partir de la présidence de John Fitzgerald Kennedy, se rapprochant des minorités, notamment afro-américaine à l’époque du mouvement des droits civiques, incarné par Martin Luther King. Ce fut ainsi le parti des politiques les plus progressistes dans les années 1990 et 2000, avec en particulier Bill Clinton et Barack Obama. Sa couleur est le bleu.

  • Face à lui, se dresse le parti Républicain. Il se compose de plusieurs tendances allant de la droite libérale centriste à l’extrême droite religieuse. Il a longtemps été le symbole d’un fort libéralisme économique et fiscal favorisant les élites du nord-est, et a su renforcer son image en gagnant la guerre de Sécession et en abolissant l’esclavage en 1863 sous Abraham Lincoln. Dans les années 1960, du fait du retournement opéré par le parti démocrate, le parti républicain s’est rapproché des classes populaires blanches du sud, tout en maintenant une politique économique extrêmement libérale, notamment sous Ronald Reagan. En parallèle, le parti a suivi la montée du conservatisme blanc à partir des années 1970, soutenant ardemment la peine de mort, le droit au port d’arme, la limitation du droit à l’avortement et les communautés religieuses évangélistes. Aujourd’hui, son chef, Donald Trump, est à la Maison blanche. Sa couleur est le rouge.


Il existe enfin quelques autres partis. Ceux-ci, cependant sont très minoritaires. On notera l’existence historique du parti Libertarien, partisan d’une plus grande puissance des États et moins d’État central, et du parti Vert, fondé sur le modèle des partis écologistes européens, mais ayant un succès limité.


Âne démocrate contre Éléphant républicain / Shutterstock


Que représentent chacun des candidats au sein de leur parti ?


Côté démocrate, Joe Biden représente une aile très centriste et libérale. Il a gagné la primaire face à Bernie Sanders, qui symbolise pour sa part une gauche plus radicale et plus jeune. Biden est très proche des élites de la Côte Est, notamment soutenu par les grands médias tels que le journal New York Times, ou la chaîne d’informations CNN, mais aussi celles de la côte Ouest, notamment les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple, etc.) de la Silicon Valley proche de San Francisco. Il est également personnellement proche de Barack Obama et d’Hillary Clinton. Pour combler un certain manque de proximité avec les classes populaires, il a choisi pour future vice-présidente Kamala Harris, d’origine indienne et jamaïcaine, ayant un discours très en faveur des minorités.


Côté républicain, Donald Trump représentait, dès 2016, une candidature à l’évidence très opposée à l’establishment, l’élite des deux partis. Bien que milliardaire lui même, il était peu apprécié, y compris au sein du parti républicain, par les leaders politiques. Longtemps critiqué par la chaîne Fox News, celle-ci a fini par devenir son principal et presque unique soutien dans les médias principaux. Son vice-président, Mike Pence est en quelques sortes sa « caution » religieuse, proche des fondamentalistes évangélistes et des lobbys pro-armes.


Géographie électorale des États-Unis


Les États, comme on l’a vu, sont très importants dans le mécanisme de l’élection. Pour bien saisir à quel point une élection dans un pays aussi grand peut se jouer à peu de choses, nous vous invitons à consulter la carte et à relever trois sortes d’États.

C. Dumons - Regards Contemporains


Les États qui votent traditionnellement démocrate, en bleu. Il s’agit des États progressistes de la côte Est, autour des grandes villes comme New York, Boston, Washington D.C, Philadelphie. Mais aussi la côte Ouest, côté Pacifique, et la très peuplée Californie (Los Angeles, San Francisco notamment), enfin, quelques villes et États du nord, notamment l’Illinois, et Chicago, ville de Barack Obama.


Les États qui votent républicain : ils constituent le centre et le sud du pays. Beaucoup moins peuplés, ils sont cependant très nombreux et rapportent chacun peu de grands électeurs, à l’exception du Texas. Ce sont les États de ce qu’on appelle la Tornado Alley (le couloir des tornades), la plaine du Mississippi, très agricole, et le Sud profond (Deep South), très religieux, évangéliste. Cela inclut des villes comme Dallas, La Nouvelle-Orléans, ou Atlanta.


Enfin, le cas particulier des Swing statesÉtats-balances »). Ce sont politiquement les plus intéressants, car en cas d’élection serrée, ce sont eux qui font la différence. Ce sont des Étas qui, historiquement, peuvent voter autant républicain que démocrate, tout en comportant beaucoup de grands électeurs. Le cas le plus significatif est celui de la Floride. Troisième État le plus peuplé (et 29 grands électeurs), il détient souvent les clés de l’élection. En 2000, l’élection de George W. Bush se joua sur ce seul État .


Le facteur 2020 : la question du Texas


Cette année cependant, un séisme politique pourrait avoir lieu, au delà du décompte des voix, qui devrait prendre de nombreux jours. Le Texas, en effet, bastion des républicains depuis 1980, deuxième État comptant le plus de grands électeurs (38) pourrait basculer côté démocrate. État profondément conservateur et religieux, il a connu un très forte immigration, notamment mexicaine, depuis plus de quarante ans. Les minorités votant traditionnellement démocrate, le changement durable de la population texane pourrait favoriser sur le long terme et de manière décisive le parti Démocrate dans les années à venir. Les sondages annoncent, quoi qu’il en soit, un résultat très serré rarement vu dans cet État crucial.


On le voit donc, les élections présidentielles aux États-Unis répondent à des habitudes et des protocoles particuliers, inhabituels pour un public européen. Si, pour l’heure, les sondages sont très favorables à Joe Biden, n’oublions pas qu’ils l’étaient déjà en faveur de Hillary Clinton en 2016, et qu’ils n’ont pas empêché sa défaite. Dans le contexte de la Covid-19, d’une forte tension mondiale et des incertitudes quant au bon fonctionnement du vote par correspondance, ce scrutin devra à l’évidence être suivi avec une grande attention.


C. Dumons

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