VOX : Un avant goût de l'avenir des femmes aux Etats-Unis ?

Mis à jour : avr. 18


En ce 8 mars 2020, nous ne pouvons pas faire l’impasse sur la question des droits des femmes. C’est un sujet qui semble agacer l’opinion publique mais il y a beaucoup trop d’inégalités, de violences et de recul des droits des femmes dans le monde, pour ne pas en parler. Ce sujet a sa place dans cette revue puisque la question des droits des femmes est une affaire internationale, notamment grâce à la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes ou la Conférence de Beijing, qui a réuni 189 pays autour de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes partout dans le monde.



Cette journée, qui n’est pas une célébration de la femme mais plutôt de lutte pour les droits de celle-ci, nous paraît idéale pour parler de l’œuvre de Christina Dalcher : VOX.


L’auteure nous plonge dans un avenir proche, effrayant et sombre, où les femmes aux Etats-Unis perdent leurs droits… D’abord il s’agit du droit à la propriété, ensuite celui de travailler et enfin celui de parler. Imaginez un seul instant ne pas pouvoir dire plus de 100 mots par jours et recevoir des décharges électriques à chaque dépassement ? Ça semble impossible et épouvantable. C’est pourtant le quotidien des filles et des femmes dans cette dystopie.


Après la prise du pouvoir politique par un mouvement intégriste chrétien, les femmes sont contraintes à retourner au foyer et à servir les hommes en silence. Des valeurs religieuses telles que la « pureté » ou le modèle parental traditionnel sont imposés à tous et chacun vit dans la crainte d’être accusé d’atteinte à ces principes ; sous peine d’être humilié sur la place publique, envoyé dans un camp de travail ou condamné à mort. Bien évidemment, la démocratie a été remplacée par une dictature ; et la police par une gestapo religieuse, traquant tout comportement allant à l’encontre de l’interprétation archaïque des textes religieux. Ce n’est pas un avenir joyeux pour les femmes comme pour les hommes d’ailleurs, même s’ils gardent tout de même leur droit à la parole, au travail et à l’indépendance.


Si cette description vous dit quelque chose, c’est que vous avez sûrement dû lire, ou regardé, La servante écarlate, qui traite du même sujet : un avenir proche où les américaines perdent tous leurs droits, toutes leurs libertés avec l’arrivée au pouvoir d’individus prônant une société basée sur les codes moraux de la Bible. Cette thématique semble récurrente ces derniers temps et reflète la crainte d’un retour au passé pour les femmes occidentales, voir uniquement américaines. Suite à la sortie de ce livre et de La servante écarlate, beaucoup ont estimé que ça ne pouvait pas arriver dans un pays comme la France, mais les femmes doivent garder en tête qu’aucun droit n’est acquis et nous sommes dans un contexte mondial où ceux des femmes reculent plus qu’ils n’évoluent. En 2017, le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies avait tiré la sonnette d’alarme sur la dégradation de la situation des femmes dans le monde où 1 femme sur 3 fait face à des violences. Par violence, nous entendons : meurtres, coups, viols, privation de liberté d’agir et de se déplacer, excisions, mariages forcés, refus du droit à l’avortement etc.


La mise en scène d’un avenir terrifiant pour les femmes alarme sur la situation d’aujourd’hui et montre les effets qui pourraient être engendrés par l’inaction. Aux Etats-Unis, nous observons, depuis quelques années, un recul du droit à l’avortement : Donald Trump a décidé de ne plus accorder de subventions aux centres d’IVG ; le Missouri condamne les femmes à 15 ans de prison si une IVG est pratiquée après la 8eme semaine de grossesse (12 en France) ; la Géorgie, l’Ohio et le Tennessee interdisent l’avortement après 6 semaines de grossesse ; 6 Etats n’ont plus qu’une seule clinique pratiquant l’avortement etc. Heureusement en 2017, la justice a invalidé une réforme de Donald Trump visant à autoriser les employeurs à refuser de couvrir dans leurs mutuelles les moyens de contraceptions des employées, pour motifs religieux ou éthiques. Dans ce contexte, nous pouvons comprendre les inquiétudes soulevées par l’ouvrage de Christina Dalcher.


Que ce soit aux Etats-Unis ou dans le reste du monde, l’écrivaine tente d’alerter les femmes, ce qui nous fait penser à la parole de Simone De Beauvoir, qui est malheureusement bien d’actualité : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ». Ceci dit, cette citation est aussi vraie dans les sociétés occidentales pour tout individu n’appartenant pas à la catégorie des hommes blancs riches et hétérosexuels.


Ces derniers temps, il a surtout été question de la situation des femmes occidentales, qui mènent actuellement plusieurs combats avec le mouvement #Metoo, l’affaire Weinstein et Polanski, les féminicides, le harcèlement de rue etc. N’oublions pas non plus la situation des femmes non occidentales, notamment :

  • Au Moyen Orient: les iraniennes qui combattent l’obligation du port du voile, les saoudiennes qui n’ont pas le droit de chanter ou qui sont obligées d’avoir un tuteur pour chacune des démarches qu’elles souhaitent entreprendre (travailler, voyager, étudier...), etc.

  • En Asie: le nombre incroyable d’avortements basés sur le sexe de l’enfant, parce qu’avoir une fille revient à « arroser le jardin d’un autre » ; l’Inde qui a été classé au rang du pays le plus dangereux pour les femmes où un tier d’elles ont subi des violences sexuelles au moins une fois dans leur vie, les attaques à l’acide qui sont de plus en plus fréquentes, etc.

  • En Afrique: la question de l’excision, la traite des femmes, etc.

Il y a tellement de combats qu’il est difficile de tous les traiter dans un article aussi général que celui-ci. Mais il est aussi important de prendre en compte que le combat des femmes occidentales n’est pas le même que celui des africaines, des asiatiques ou des latino-américaines. Par ailleurs, la situation des femmes riches et pauvres est aussi différente. Il y a une multitude de situations et de combats, à différentes échelles et dans différents domaines.


Pour en revenir au roman VOX, c’est une dystopie captivante, à la fois effrayante et drôle grâce au personnage principal Jean McClellan. Cela reste de la fiction, mais après l’avoir lu nous ne pouvons que nous poser des questions sur la manière dont la situation des femmes pourrait évoluer. Est-ce que la perte de nos droits déjà acquis est une crainte justifiée ? Nous n’avons pas la réponse, mais force est de constater qu’il y a encore du chemin à parcourir pour qu’ils soient respectés.


Le + de ce roman :

  • Le style et le langage contemporain de l’auteure est très facilement accessible.

  • Malgré une fin précipitée, elle arrive à garder le suspense pendant tout le long.


A. Pellegrino


Si la question des droits des femmes vous intéresse :


Pour ceux qui n’ont pas froid aux yeux, un peu de droit :

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